..........L'INSTANT ÉVÉNEMENT
"Nier le temps, c'est créer un paradoxe préjudiciable pour notre compréhension du monde et notre manière d'y vivre" (Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie 1977)
Extraire de l'événementiel une notion de durabilité serait antinomique. Pourtant, les professionnels du genre s'attachent aujourd'hui à produire l'événementiel qui marquera durablement une mémoire collective quelle soit simplement confinée à une entreprise ou plus largement donnée à l'ensemble d'une collectivité locale, territoriale ou nationale. Dans une société portée principalement sur la production de biens matériels , cette mémoire peut-elle produire de la richesse? La réponse appartient à la capacité " d'accrocher " les acteurs médiatiques. A l'in star des possibilités d'amplification d'un semi conducteur, une médiatisation efficace de l'événement décuplera sa durabilité. Ainsi, la résine transmute en un marbre de Carrare, le projecteur H.M.I en un soleil radieux, la moquette verte en une herbe folle, le temps en une "re-présentation".
Olivier Borne



..........LE LOBBYING
"Lobby" : c'est d'abord un mot emprunté à l'anglo-américain. A l'origine, le mot a désigné dans cette langue "une allée couverte dans un monastère", puis tout simplement un "couloir", et enfin "le hall ouvert au public dans le lieu d'une assemblée législative". Le mot anglais est sans doute issu du même étymon (lobium) que celui du mot "loge" (qui lui aussi a quelque chose à voir avec l'idée d'influence et de pression sur le pouvoir).
Le mot a connu une sorte de glissement de sens métonymique et a fini par désigner non pas ce fameux couloir de l'Assemblée mais les personnes qui s'y trouvent. Dans son acception moderne, lobby renvoie aux personnes qui fréquentent assidûment les couloirs d'une assemblée législative pour essayer d'influencer les membres de cette assemblée dans leurs fonctions officielles.
Ce n'est qu'au XIXème siècle qu'on commence à parler de "lobby" en ce sens précis. Le mot a d'abord été affecté d'un coefficient assez négatif. Le lobby désignant alors toute une compagnie un peu interlope constituée de spéculateurs qui gravitent dans les sphères parlementaires et s'efforcent de spéculer sur les lois à leur avantage ou au bénéfice de leurs clients.
Le lobby dans un sens plus courant, c'est aussi ce qu'on peut appeler un "groupe de pression" qui exerce une véritable influence sur la politique suivie (le lobby des camionneurs aux États-Unis). Attention, ce n'est pas de la corruption mais de la "pression", c'est-à-dire qu'on reste dans les limites de la légalité. Le mot suppose donc une sorte de collectivité professionnelle (plus rarement ethnique) rassemblée pour défendre un intérêt commun et jouissant d'un certain pouvoir économique et donc d'une force de pression sur le gouvernement.
Actuellement le mot est en pleine vitalité dans notre langue. Toujours sur le modèle américain, on utilise en français le mot "lobbying" (forme verbale qui indique une action en train de se faire).
Qu'est-ce que le lobbying ? C'est le fait de pratiquer quasi professionnellement le lobby. Plus clairement, se sont constitués des "cabinets de lobbying" qui emploient des spécialistes, économistes, juristes, qui se mettent au service de tel ou tel groupe industriel ou même agricole. Ainsi à Strasbourg, lieu du parlement européen où se prennent bon nombre de décisions qui réglementeront l'industrie, le commerce, l'agriculture européennes, sévissent de nombreux cabinets de lobbying, chargés de défendre les intérêts de leurs clients, industriels, agriculteurs et de faire avancer leur dossier auprès des plus hautes instances du pouvoir. (ex. : telle entreprise qui veut ouvrir le dimanche et qui fait "plaider" son cas auprès des instances parlementaires par des spécialistes du lobbying).
Le lobbying permet d'établir la communication entre ceux qui prennent les décisions, c'est-à-dire dans le jargon de l'économie politique moderne, les "décisionnaires", et ceux qui sont concernés à premier chef par les décisions qui seront prises. (le lobbying serait peut-être la version moderne des syndicats avec en moins, bien sûr, la dimension sociale de ces derniers, puisque le lobbying ne poursuit que des objectifs économiques).
Pratiquer le lobbying est une véritable profession qui exige des qualités de communication et des compétences techniques, c'est sans doute pour cela que s'est créé un nouveau mot, lui aussi directement calqué de l'anglais, le mot "lobbyiste" pour désigner ces nouveaux techniciens de l'économie politique.
Source : Emission "Parler au quotidien" par Yvan Amar et Evelyne Lattanzio - RFI - 14 novembre 1997
http://www.lobbying-europe.com