Les couleurs
Les couleurs sont toujours constituées de pigments et d'un liant. Le liant permet de coller les pigments. Les pigments se présentent en poudre ou en biberons appelés également surtin, (colorant universel déjà dilué).
Pour les liants, on utilise communément l'acétate de polyvinyle, la base mate ; la colle à bois, la colle à papier peint moins coûteuse peuvent être utilisées .
Pour les éléments de décor on utilise souvent les biberons avec un liant pour fabriquer les couleurs.. Les couleurs à base de pigments en poudre sont très utilisées pour les toiles et permettent des nuances assez subtiles avec l'expérience ; en effet la teinte varie suivant l'endroit où l'on trempe le pinceau, allant d'une teinte plus dense au fond du pot vers une teinte plus diluée et pâle en surface.
On évite d'utiliser des couleurs préparées au pigment en poudre dans le vermorel ou les petits pulvérisateurs qui risquent de se boucher. Il est préférable de préparer les couleurs à base de pigment en poudre la veille qu'ils aient bien le temps de gonfler. Toujours se préparer un échantillonnage des couleurs en même temps que la maquette.
Sécher les couleurs qui varient beaucoup entre leur phase mouillée et sèche.
En terme de couleurs préparées, on parle communément de couleurs en pâte, de jus et de lait.
 
Couleur en pâte 
La couleur en pâte est  peu diluée ; fabriquée soit à partir d'une base de peinture acrylique d'une couleur approchante avec un peu de colorant en biberon pour arriver à la nuance souhaitée, soit avec beaucoup d'acétate et du colorant en biberon.
Attention, si vous voulez une couleur en pâte il vaut mieux partir d'une acrylique déjà préparée, par exemple blanche ; l'acétate utilisé en pâte reste très brillant en séchant.
Jus 
c'est une couleur en pâte diluée ; les proportions pouvant allez jusqu'à 1 de matière (liant plus colorant) couleur  pour 7 d'eau. Ce n'est qu'une moyenne et il arrive qu'on dilue plus, mais il faut veiller à ce qu'il y ait suffisamment de liant pour coller les pigments, et pour que la peinture ne soit pas trop fragile aux rayures par la suite.
Lait
c'est un jus avec une bonne proportion de blanc, qui donne un coté laiteux à la peinture.
En gros tout peut se patiner et se peindre. Au théâtre on utilise le plus souvent des peintures acryliques ( temps de séchage rapide). Pour peindre du métal ou du pvc on peut utiliser de la gomme-laque pour avoir une meilleure accroche. La gomme-laque qui se présente sous forme liquide se passe au pinceau et permet d'avoir une meilleure adhérence ensuite pour la peinture. La peinture à l'huile est aussi utilisée, mais plutôt dans les patines.
En général et plus particulièrement pour le théâtre de rue il est préférable de vernir les décors pour les protéger des intempéries et prévenir les risques de dépouilles (ceci encore plus lorsqu'on utilise de l'extrait de Cassel en paillettes) ; il faut savoir qu'il existe actuellement de très bons vernis à l'eau ayant une finition mate. (Voir liste des fournisseurs)
En ce qui concerne les couleurs, on utilise fréquemment, le blanc, le noir, la sienne naturelle, l'ombre naturelle, l'oxyde rouge,  la sienne brûlée et l'extrait de cassel. L'extrait de Cassel qui donne une couleur de vieux cuir se présente sous forme de paillettes ; on la prépare généralement la veille en la diluant avec un peu d'eau, un  peu d'alcool à brûler. Le lendemain on y rajoutera le liant en quantité. Il faut absolument vernir la peinture quand on utilise de l'extrait de cassel. Utile aussi d'avoir jaune citron, vermillon, bleue de cobalt, outremer, vert wagon, terre verte. Évidemment, toutes les couleurs peuvent "enrichirent" le décor. Généralement on dit qu'à partir de trois couleurs: "ça chante".
Les outils les plus souvent utilisés pour la peinture et les patines sont les pinceaux, les éponges, le vermorel, l'aérographe. Ces outils permettent un éventail très varié de façons de poser la couleur ; le trait, la goutte, les aplats, la projection, toutes intéressante à exploiter avec leur écriture propre et en les mélangeant.   
 
1-LA PEINTURE
La peinture a un grand pouvoir de magie et de métamorphose sur les décors. Elle est en quelque sorte, le costume du décor. La peinture peut, elle aussi , comme la matière, sublimer une vraisemblance si l'on est dans une démarche de décor naturaliste, en le rendant : " plus vrai que nature".
Pour un type de rendu naturaliste (faux béton, vieux plâtre, vieux murs, etc.) , un support travaillé avec une matière qui vit déjà par son grain, sa qualité, son dessin, sera toujours beaucoup plus facile et intéressant à peindre avec parfois juste quelques jus. En effet la peinture en jus, en se déposant dans les creux va réveiller l'écriture de cette matière déjà travaillée ; un deuxième passage de couleur plus en pâte presque à sec, juste en frottant les reliefs avec un pinceau très à plat viendra réveiller les aspérités, et le tour est joué. 
Les patines de vie (patine de fumée, coulées de pluie, dépôt de pollution, écaillement des vieilles peintures, fantôme de tableau, empoussièrement, etc.)qui viennent en superposition, peuvent-elles aussi accentuer cette vraisemblance dans l'aspect et l'idée, du passage du temps. Une façon d'ancrer le décor dans une temporalité (voir chapitre 5-2 LES PATINES).
Mais là n'est pas la seule force de la peinture qui ne se cantonne pas seulement à  un aspect de surface. En effet, au même titre que la dramaturgie, mais avec ses moyens spécifiques, la peinture peut accentuer ou nier la profondeur, l'accompagner ou la contrarier, devenant ainsi un moyen porteur de sens à part entière. Le fond conditionne la forme et la forme conditionne le fond.
Dans son tableau : "souvenir de voyage" Magritte nous donne un très bel exemple de décor qui semble pétrifier dans sa facture.
Qu'elle soit "minimaliste" ou "baroque", la peinture peut-être un puissant vecteur de poésie, et transcrire lourdeur/ légèreté, tragique/comique, mollesse/ nervosité.

 
Le matériel :
Pinceaux Spalter large 140 (toujours en avoir 3 ou 4 minimum pour en garder qui soient sec)
Éponge naturelle
Rouleau patte de lapin
Rouleau
Cartons pour les pochoirs
Chiffons
Fusains
Bambou et/ou perche télescopique
Vermorel (pulvérisateur) on filtre toujours les jus qu'on met dans le vermorel avec de la tarlatane dans un entonnoir
Petit pulvérisateur à main communément appelé pissette
Tarlatane pour filtrer les couleurs qu'on met dans le vermorel
Entonnoir ou demi-bouteille plastique
Peinture : les faux
Il est toujours très utile d'avoir une référence photo ou/et un bout de matériau réel (exemple un bout de métal rouillé) avant de commencer une peinture ou une patine
Faux bois :
passez une couche voir deux, de peinture de fond bien nourrie (couleur en pâte), dans des tonalités du bois souhaité et attendez que ce soit bien sec. Humidifiez au pinceau ce premier fond et passez deux jus au pinceaux en laissant par endroits la couleur du fond vierge.
Avec un spalter sec commencez à travailler les veines du bois jusqu'au moment où vous sentez que les jus commencent à glacer, finissez en étirant bien les lignes du bois dans le sens du fil.
Fausse rouille :
préparez 4 tons (Couleur en pâte). 1 sienne brûlée avec un peu de noir, 1 sienne naturelle, 1 oxyde rouge, 1 orangée vif. Posez-les du plus foncé au plus clair pour les trois premiers. Après séchage, terminez en revenant avec l'orangé par petites touches. Travaillez au pinceau pour le ton le plus foncé, puis utilisez l'éponge naturelle qui donnera un petit piqué qui rend très bien les effets de rouille. La mousse polyuréthane peut-être un bon matériau pour donner au support un aspect de corrosion .
Faux marbre :
passez une couche de fond qui peut-être blanche comme pour le faux bois. Préparez trois tons un peu dilués et un pot d'eau. Exemple un rose, un gris vert et un blanc cassé. Prévoyez un spalter par couleur et gardez un spalter pour l'eau. Dessinez d‘abord un réseau de veinages assez fort avec le ton le plus sombre sur environ un mètre carré puis utiliser le spalter à l'eau pour fondre (comme une technique d'aquarelle) par endroits les lignes du réseau ; terminez par un gouttelé au spalter ( petits coups secs du poignet pour envoyer de petites gouttes). Répéter l'opération avec le deuxième ton quand le premier est sec.Terminer quand le deuxième est sec par le blanc cassé en dessinant des zones de laitance qu'on retrouve souvent dans le marbre et qui lui donnera ce côté minéral. Si vous devez contrôler des gouttes sur une surface qui n'est pas horizontale, utilisez l'éponge naturelle en tapotant.
Fausse pierre :
préparez trois tons, le plus clair pour le fond ; après séchage du fond, appliquez les deux autres tons à l'éponge naturelle en tapotant. Au final quand les premiers tons sont secs, vous pouvez revenir avec le ton le plus clair en petit goutelé au spalter. L'utilisation de pochoir est souvent très payante pour les dallages et les marqueteries de marbre.
 
scènographie tulle réalisé  pour le festival de Loire 2005
Tulle réalisé pour le Festival de Loire 2005
 
3-LES MATIÈRAGES
Au même titre que le texte dramatique, la matière peut être douce, rugueuse, agressive ou caressante.
Le matièrage est un traitement de surface pour les structures. Il permet d'apporter des informations supplémentaires sur ce que les structures représentent dramatiquement et plastiquement. Il peut être réalisé sur des châssis, sur des constructions et sur des rideaux. (enduit de façade, fond tourmenté, vieux plâtres, faux béton etc…)
Avant de commencer un matièrage grandeur nature, on aura préparé lors de la présentation de la maquette une palette matière qui servira de référence.
Pour le spectacle en salle, les spectateurs se trouvent à quelques mètres du plateau, il est alors facile d'imiter une matière grâce à des procédés de matières ou d'éclairages. Pour les arts de la rue et l'événementiel, où il n'y pas d'éclairages pendant le jour, il faudra faire en sorte que le spectateur y croit a une distance au moins égale à la longueur de son bras tendu.
La très grande proximité du spectateur impose une exigence particulière quand on veut jouer du naturalisme. Le spectateur ne dit pas qu'on s'y croit, il dit qu'on s'y croirait, comme si la magie du naturalisme ne prenait que de s'annoncer comme tour de passe-passe. Un matièrage réussi, c'est celui qu'on a envie de toucher, de gratter et de regarder à nouveau pour qu'alors soit convoquée une nouvelle vraisemblance.
Un travail avec l'éclairagiste devra être fait de manière a ce qu'il joue sur les différentes possibilités soit d'écraser (lumière de face) ou de révéler (rasant) le travail de matièrage.
Un matièrage de qualité attrape mieux la lumière qu'un à plat de peinture, il donne un semblant d'usure à l'objet, une vie. Les éléments de décor sont souvent regardés d'assez loin, il ne faut donc pas hésiter à renforcer les effets: une fourrure très rase donnera par exemple un effet soyeux, un moucheté de gros sables collés à la résine donnera le côté mat d'une roche...
Le matièrage est constitué par 3 éléments, le liant, la charge, le support,. On peut être amené à faire une patine de vie sur le matièrage.
Les charges
Si l'on veut que le matièrage corresponde à la réalité (vieux enduits, peinture écaillée, terre, béton, etc…) on pourra prendre pour base les enduits du bâtiment.
On peut trouver une grande quantité d'enduits dans les produits du bâtiment, mais ils sont lourds, rugueux, et il tiennent mal sur du bois ou du tissu. Pour les utiliser, il faut les mélanger à un liant qui va les rendre plus souples et leur permettre de mieux s'accrocher au support.
Tout ce qui peut se trouver en poudre ou en granulat va pouvoir être utilisé comme charge a conditions de prendre le bon liant. Le matièrage n'est pas une science exacte et la palette-matière servira à choisir le bon.

Le liant
Le liant sert a faire tenir les charges en leur permettant d'adhérer sur les supports qui sont à 95 % du bois ou de la toile. Il trouvera toute sa qualité dans la rapidité avec laquelle il séchera d'abord en surface puis à cœur. Le maximum qu'on peut leur demander étant quand même de 24 heures. Voici quelques liants les plus courants. ATTENTION CERTAINS NE SONT PAS CLASSÉS AU FEU.
-Les résines (polyester, epoxy, eva)
Les résines prennent à cœur et en surface pratiquement en même temps, ce qui fait gagner un temps considérable. Le désavantage, c'est qu'elles sont très odorantes et peuvent provoquer des allergies. C'est un liant qui donne, dans certain cas, des matièrages, rigide et cassant. Il doit donc s'appliquer sur des surfaces stabilisées et solides.

-Slastic
C'est un élastomère acrylique hydrosoluble mono composant qui forme au séchage une peau élastique très résistante. On peut y adjoindre n'importe quelle charge. Produit très performant, seul inconvénient, il est blanc, mais peut tout a fait le peindre en prenant soin d'y incorporer un peu de colorant "pigment ou biberon" pour que si la peinture prend un choc on ne voit pas apparaître la couleur blanche.

-Latex
Produit intéressant, mais qui ne dure pas dans le temps (max 2 à 3 ans  comme un spectacle d'ailleurs, mais  il est tellement pratique, qu'on l'utilise quand même malgré cet inconvénient. Il existe un épaississant qu'on y incorpore pour l'épaissir.

-Acétate de polyvinyle.
Polymère thermoplastique. Il est transparent. Il sèche rapidement en surface, mais il est plus long à sèche à cœur que le slastic.

-Colle à bois extérieur
Plus économique,  sensiblement les mêmes propriétés que l'acétate de polyvinyle.
 
 
scènographie tulle réalisé  pour le festival de Loire 2005
Matièrage Latex + Thixo pour le latex (épaississant)
2-LES PATINES
Les Patines ( appelées aussi patines de vie)
Les patines concernent donc l'aspect du temps et aident à ancrer un décor dans une temporalité. Manques, fantômes de tableaux, fantômes divers, absences, pollution, fumée, empreintes, polissage de parties usées par le passage de la main, graissage de certaines parties, frottements, traces, ombres, coulures de pluie, empoussièrement, salissures, etc. … Elles peuvent également aider à poser des éléments du décor, à l'asseoir dans la logique où les parties basses plus exposées à la pollution aux traces de toutes sortes sont souvent plus sombres ; à l'inverse, on peut éclaircir légèrement le haut du décor, pour lui donner un aspect plus aérien.
Généralement les patines sont assez légères et obtenues avec des jus ( couleurs diluées) pour ne pas occulter le travail de peinture qui est en dessous. Dans la plupart des cas on utilise des jus. On utilise rarement  des laits qui viendraient ternir les couleurs du dessous. Pour un décor naturaliste, il est très utile de se raconter une histoire pour savoir où placer judicieusement les patines; coulures , traces, empreintes,  etc. que l'ensemble s'organise dans une cohérence vraisemblable.
Évidemment, il n'y a pas de recettes et tout est possible avec quelques bases techniques.
La peinture comme le théâtre, a le pouvoir d'absenter des éléments très présents et de convoquer des absences en les rendant terriblement présentes.. Aux mêmes titres que les obstacles créent du sens, les accidents en peinture sont précieux pour faire des découvertes.
matièrage Latex
Chapiteau usé (pas trop) par les voyages
matièrage Latex
Patine sur matièrage liège
patine d'humidité
Humidité
fausse rouille
Rouille,
peinture réalisée par Ludmila Volf, pour la maison tuchenn
Entrée de la Maison Tuchenn
scènographie tulle réalisé pour The Roots
Tulle réalisé pour The Roots 14m X 8m
Le peintre décorateur intervient pour la réalisation des peintures grand format sur toile, tulles ou tapis de danse. Il réalise les patines, matièrages sur les différents éléments de décors.
scénographe marionnete pour ubu roi

Le peintre décorateur



scénographe marionnete pour ubu roi

DOCUMENTATION
TECHNIQUES
LES MÉTIERS

Le peintre décorateur