L'ÉTUDE:

Les trois points communs à tous les éléments de décor sont la légèreté, la maniabilité, la «démontabilité». Pour ce faire, une bonne connaissance des différents matériaux et de leur mise en oeuvre est nécessaire (bois, acier, résine, modelage, moulage, tirage, machinerie, motorisation, architecture, patine, traitement de surface)
La réalisation d'une maquette d'étude au 1/20ème de l'objet à construire, peut dans certains cas, permettre à tous les intervenants (menuisiers, sculpteurs, peintres, etc) de mieux comprendre de quoi il s'agit.

LA CONSTRUCTION

La construction devra prendre en compte les épaisseurs rajoutées par la déco (matiériage, traitement de surface) qui donnera à l'objet son aspect définitif. Certains matièrages possèdent en propre des qualités mécaniques, ils pourront ainsi participer directement à la construction. Des économies en temps et en matériau sont toujours les bien- venus.
Lorsque l’assemblage de différentes pièces sera nécessaire, les systèmes requis devront être accessibles, et sauvegardés des enduits et autres peintures rajoutés. Ils pourront dans certains cas, participer à la richesse de l'objet. (boulonnerie apparente, fissure, assemblage naturel).

Le constructeur est quelqu'un qui possède à la fois une sensibilité et une culture artistique et qui a une bonne base dans sa spécialité. (certains sont des professionnels dans leur domaine avant de devenir constructeurs) (menuisier, ébéniste, charpentier, serrurier, staffeurs, mouleur, sculpteur, peintre, etc.) on privilégiera d'ailleurs les constructeurs ayant cette formation de base.

Un constructeur doit pouvoir exercer d'autre métier que sa spécialité, il doit être polyvalent.

 

Le scénographe pourra choisir de préparer très précisément les plans de sa scénographie et de les confier a un constructeur qui la réalisera. Il se privera alors de la partie créative du constructeur, qui peut apporter des solutions de légèreté et de maniabilité qui aura échappé au scénographe.

LA PEINTURE

La peinture a un grand pouvoir de magie et de métamorphose sur les décors. Elle est en quelque sorte, le costume du décor. La peinture peut, elle aussi , comme la matière, sublimer une vraisemblance si l’on est dans une démarche de décor naturaliste, en le rendant : " plus vrai que nature".

Pour un type de rendu naturaliste (faux béton, vieux plâtre, vieux murs, etc.) , un support travaillé avec une matière qui vit déjà par son grain, sa qualité, son dessin, sera toujours beaucoup plus facile et intéressant à peindre avec parfois juste quelques jus. En effet la peinture en jus, en se déposant dans les creux va réveiller l’écriture de cette matière déjà travaillée ; un deuxième passage de couleur plus en pâte presque à sec, juste en frottant les reliefs avec un pinceau très à plat viendra réveiller les aspérités, et le tour est joué. 

Les patines de vie (patine de fumée, coulées de pluie, dépôt de pollution, écaillement des vieilles peintures, fantôme de tableau, empoussièrement, etc.)qui viennent en superposition, peuvent-elles aussi accentuer cette vraisemblance dans l’aspect et l’idée, du passage du temps. Une façon d’ancrer le décor dans une temporalité (voir chapitre 5-2 LES PATINES).

 

Mais là n’est pas la seule force de la peinture qui ne se cantonne pas seulement à  un aspect de surface. En effet, au même titre que la dramaturgie, mais avec ses moyens spécifiques, la peinture peut accentuer ou nier la profondeur, l’accompagner ou la contrarier, devenant ainsi un moyen porteur de sens à part entière. Le fond conditionne la forme et la forme conditionne le fond.

Dans son tableau : "souvenir de voyage" Magritte nous donne un très bel exemple de décor qui semble pétrifier dans sa facture.

Qu’elle soit "minimaliste" ou "baroque", la peinture peut-être un puissant vecteur de poésie, et transcrire lourdeur/ légèreté, tragique/comique, mollesse/ nervosité.


LES PATINES

Les Patines ( appelées aussi patines de vie)

Les patines concernent donc l’aspect du temps et aident à ancrer un décor dans une temporalité. Manques, fantômes de tableaux, fantômes divers, absences, pollution, fumée, empreintes, polissage de parties usées par le passage de la main, graissage de certaines parties, frottements, traces, ombres, coulures de pluie, empoussièrement, salissures, etc. … Elles peuvent également aider à poser des éléments du décor, à l’asseoir dans la logique où les parties basses plus exposées à la pollution aux traces de toutes sortes sont souvent plus sombres ; à l’inverse, on peut éclaircir légèrement le haut du décor, pour lui donner un aspect plus aérien.

Généralement les patines sont assez légères et obtenues avec des jus ( couleurs diluées) pour ne pas occulter le travail de peinture qui est en dessous. Dans la plupart des cas on utilise des jus. On utilise rarement  des laits qui viendraient ternir les couleurs du dessous. Pour un décor naturaliste, il est très utile de se raconter une histoire pour savoir où placer judicieusement les patines; coulures , traces, empreintes,  etc. que l’ensemble s’organise dans une cohérence vraisemblable.

Évidemment, il n’y a pas de recettes et tout est possible avec quelques bases techniques.

La peinture comme le théâtre, a le pouvoir d’absenter des éléments très présents et de convoquer des absences en les rendant terriblement présentes.. Aux mêmes titres que les obstacles créent du sens, les accidents en peinture sont précieux pour faire des découvertes.

           

LES MATIÈRAGES

Au même titre que le texte dramatique, la matière peut être douce, rugueuse, agressive ou caressante.

Le matièrage est un traitement de surface pour les structures. Il permet d'apporter des informations supplémentaires sur ce que les structures représentent dramatiquement et plastiquement. Il peut être réalisé sur des châssis, sur des constructions et sur des rideaux. (enduit de façade, fond tourmenté, vieux plâtres, faux béton, etc.)

Avant de commencer un matièrage grandeur nature, on aura préparé lors de la présentation de la maquette une palette matière qui servira de référence.

Pour le spectacle en salle, les spectateurs se trouvent à quelques mètres du plateau, il est alors facile d'imiter une matière grâce à des procédés de matières ou d'éclairages. Pour les arts de la rue et l'événementiel, où il n'y pas d'éclairages pendant le jour, il faudra faire en sorte que le spectateur y croit a une distance au moins égale à la longueur de son bras tendu.

La très grande proximité du spectateur impose une exigence particulière quand on veut jouer du naturalisme. Le spectateur ne dit pas qu’on s’y croit, il dit qu’on s’y croirait, comme si la magie du naturalisme ne prenait que de s’annoncer comme tour de passe-passe. Un matièrage réussi, c’est celui qu’on a envie de toucher, de gratter et de regarder à nouveau pour qu’alors soit convoquée une nouvelle vraisemblance.

Un travail avec l'éclairagiste devra être fait de manière a ce qu'il joue sur les différentes possibilités soit d'écraser (lumière de face) ou de révéler (rasant) le travail de matièrage.

Un matièrage de qualité attrape mieux la lumière qu'un à plat de peinture, il donne un semblant d'usure à l'objet, une vie. Les éléments de décor sont souvent regardés d'assez loin, il ne faut donc pas hésiter à renforcer les effets: une fourrure très rase donnera par exemple un effet soyeux, un moucheté de gros sables ou liège collés à la résine ou à l'acétate donnera le côté mat d'une roche...

Le matièrage est constitué par 4 éléments, le support, le liant, la charge, la patine.

 

Ludmila Volf, Olivier Borne

DECOR DOCUMENTATION

La construction, la déco

CONSTRUIRE

En étroite collaboration avec le metteur en scène ou le commanditaire, la réalisation d'éléments de décor, passe par toute une série d'étapes obligées. Un scénographe doit savoir construire et connaitre toutes les étapes de conception et de mise en oeuvre d'un décor, de l'étude à la construction jusqu'à la peinture et les patines.

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